« Qu’un étranger domicilié », dit Abraham.
Seul l’étranger paie.
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Sara est morte à Hébron. Abraham, qui vit en Canaan depuis plus de soixante ans, demande une sépulture aux enfants de Heth. Il se présente avec deux mots hébreux, et avant la fin du chapitre il paie quatre cents sicles d’argent pour un champ et le caveau qui s’y trouve :
Je ne suis qu’un étranger domicilié parmi vous: accordez-moi la propriété d’une sépulture au milieu de vous, que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi.
גֵּר־וְתוֹשָׁב אָנֹכִי עִמָּכֶם
GER ve-to-SHAV a-no-KHI i-ma-KHEM
je ne suis qu’un étranger domicilié parmi vous
Ger, le premier mot (prononcer « guèr »), désigne le nouveau venu. Le Brown-Driver-Briggs, le dictionnaire sur lequel repose celui de l’app, le compte quatre-vingt-douze fois et, dans son entrée complète, le définit comme un résident étranger, « habitant temporaire, nouveau venu (sans droits hérités) ». Toshav, le second, est formé sur yashav, s’asseoir ou habiter ; pour le Brown-Driver-Briggs, il n’indique ici « qu’une occupation temporaire ». La Bible du Rabbinat de 1899, le texte français de notre app, fond les deux mots en une seule expression, étranger domicilié. Étranger rend ger. Domicilié, celui qui a un domicile, dit déjà qu’il s’est établi. Et la tournure « ne… que » ramène l’expression entière vers le dehors. L’expression revient, avec la même tournure, dans la loi sur la terre : « vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi » (Lévitique 25:23).
Rachi, le commentateur du XIe siècle que l’app affiche à côté du verset, entend lui aussi dans le second mot celui qui s’est établi. Après les mots du verset, il explique en une phrase hébraïque, גֵּר מֵאֶרֶץ אַחֶרֶת וְנִתְיַשַּׁבְתִּי עִמָּכֶם : « Un étranger d’un autre pays, et je me suis établi parmi vous ». Le verbe וְנִתְיַשַּׁבְתִּי, je me suis établi, vient de yashav, comme toshav. Ger dit d’où Abraham est venu. Toshav dit qu’il est resté.
Puis Rachi apporte une seconde lecture, tirée du Midrash (Bereshit Rabba 58:6), et les deux mots deviennent deux manières de tenir la terre : « si vous le voulez, je suis un étranger ; sinon, je serai un habitant et je la prendrai de droit, car le Saint, béni soit-Il, m’a dit : à ta postérité je donnerai ce pays ». Ce droit, c’est la promesse qu’Abraham a entendue à son arrivée en Canaan : « C’est à ta postérité que je destine ce pays » (Genèse 12:7). L’étranger paie. L’habitant fait valoir son droit.
Les enfants de Heth ne l’appellent même pas étranger : « Tu es un dignitaire de Dieu au milieu de nous » (Genèse 23:6). Éfron lui offre le champ en cadeau. Abraham paie quand même : « j’offre le prix de ce champ, accepte-le » (Genèse 23:13). Il pèse « quatre cents sicles d’argent, en monnaie courante » (Genèse 23:16).
Là où le mot revient
Le mot reste dans la famille. Moïse nomme son fils Gersom et explique le nom : « Je suis un émigré sur une terre étrangère » (Exode 2:22). Ici, le français rend ger par émigré. Et la Torah fait de ce souvenir une loi sur la façon de traiter les autres : « tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (Lévitique 19:34).
Le champ répond aussi à une promesse plus ancienne : « la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession indéfinie » (Genèse 17:8). Pérégrinations, megurim, vient de gur, le verbe d’où vient ger, et possession, c’est akhuzah, le mot qu’Abraham emploie à Hébron, où le français dit « la propriété d’une sépulture ». Le chapitre 23 s’achève sur le champ qui, avec son caveau, « fut ainsi adjugé à Abraham, comme possession tumulaire » (Genèse 23:20). Dans la seconde lecture de Rachi, il aurait pu le réclamer en habitant. Il l’a payé en étranger.
À voir dans l’app
Dans l’app, ouvrez Genèse 23:4, touchez le verset et choisissez Ressources, puis l’onglet Dictionnaire : son premier mot, ger, y est en accès libre, avec la signification que donne l’app, « immigrant, résident étranger ; étranger », et la ligne du Brown-Driver-Briggs, « résident étranger ». Les deux lectures de Rachi sont la première entrée de l’onglet Commentaire (en anglais) sur le même verset. Et l’onglet Questions permet d’interroger Rabbi Ari sur le verset ; il répond avec des sources pour l’étude.
L’épisode de cette semaine de L’histoire en version originale attend au puits avec Rébecca, la fiancée que le serviteur d’Abraham trouve pour Isaac : Comment Isaac a rencontré Rébecca, en hébreu.
Étranger ou habitant : quel mot convient à Abraham à Hébron ?
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Versets selon la Bible du Rabbinat de 1899 (domaine public) et dictionnaire Brown-Driver-Briggs, tels que l’app Bible Hébraïque les affiche ; les citations de l’entrée complète du Brown-Driver-Briggs sont traduites de l’anglais par nos soins. Rachi traduit de l’hébreu par nos soins pour ce texte ; dans l’app, Rachi est affiché en anglais, dans la traduction de M. Rosenbaum et A. M. Silbermann (1929-1934, domaine public).
Image : Gilliam van der Gouwen after Gerard Hoet, Abraham koopt de akker van Efron (1728). CC0, via Wikimedia Commons.
