Alors que nous passons de la paracha Re'eh à la paracha Shoftim, la Torah déplace son attention des lois du culte et de la sainteté communautaire vers les structures qui garantiront la justice et l’ordre dans la Terre d’Israël. Tandis que Re'eh insistait sur l’importance d’un lieu de culte centralisé et le rejet de l’idolâtrie, Shoftim s’appuie sur cela en établissant les cadres sociétaux nécessaires au maintien d’une nation juste et sainte.
La paracha Shoftim s’ouvre sur l’injonction de nommer des juges et des officiers dans chaque ville, afin que la justice soit rendue de manière équitable et impartiale. La Torah met en garde contre la perversion de la justice par le favoritisme ou la corruption, déclarant de façon célèbre :
Les lois relatives à la peine capitale sont détaillées, notamment l’exigence d’au moins deux témoins et la procédure à suivre pour les cas juridiques complexes, qui doivent être portés devant le tribunal central — les Cohanim et le juge en fonction à ce moment-là. La Torah introduit le concept d’une cour suprême à Jérusalem, dont les décisions sont contraignantes pour tout Israël.
Shoftim expose également les lois concernant la nomination d’un roi. Le peuple peut demander un roi, mais il doit être choisi par Dieu, être Israélite, et ne pas accumuler un excès de chevaux, de femmes ou de richesses. Le roi doit écrire un rouleau de la Torah de sa propre main et l’étudier constamment, afin de rester humble et fidèle à la loi divine.
La paracha poursuit avec les rôles et privilèges des Cohanim et des Léviim, qui servent au Temple et sont soutenus par la communauté. Elle met en garde contre l’adoption des pratiques abominables des nations cananéennes, telles que la sorcellerie, la divination ou le sacrifice d’enfants. À la place, Dieu promet de susciter des prophètes au sein du peuple, qui transmettront Sa parole. Le peuple est averti d’écouter les vrais prophètes et de rejeter les faux, dont les paroles ne se réalisent pas.
Shoftim introduit les lois des Villes de Refuge, où celui qui tue involontairement peut se réfugier jusqu’à ce qu’un procès équitable ait lieu. La Torah distingue le meurtre accidentel du meurtre intentionnel, soulignant la sainteté de la vie et l’importance de la procédure judiciaire.
La paracha aborde les règles de la guerre : avant d’attaquer une ville, Israël doit proposer des conditions de paix. Certaines nations doivent être traitées différemment, et la Torah interdit toute destruction gratuite, même en temps de guerre — ordonnant notamment de ne pas abattre les arbres fruitiers lors d’un siège. Les lois de la « egla aroufa » — le rituel accompli lorsqu’un corps assassiné est trouvé et que le meurtrier est inconnu — sont décrites, mettant en avant la responsabilité collective pour la justice et la valeur de chaque vie humaine.
L’un des thèmes les plus marquants de la paracha Shoftim est la poursuite de la justice comme fondement d’une société sainte. La répétition du mot « justice » dans le verset cité a amené de nombreux commentateurs à s’interroger : pourquoi cette double expression ? Rachi explique que la justice doit être recherchée tant dans le jugement que dans le compromis, et toujours par des moyens honnêtes. Le Netziv ajoute que la poursuite de la justice n’est pas réservée aux juges, mais concerne chaque individu — chacun doit rechercher l’équité dans ses propres affaires.
Le Rambam, dans son « Michné Torah », considère l’injonction de nommer des juges comme une mitsva communautaire, une responsabilité collective. Rav Kook, dans ses écrits, développe cette idée : la santé d’une nation dépend non seulement de ses lois, mais aussi du caractère moral de ses dirigeants et de ses citoyens. L’exigence pour le roi d’écrire son propre rouleau de la Torah est une leçon profonde d’humilité et de responsabilité. Le leadership, dans le judaïsme, n’est pas une question de pouvoir, mais de service et de fidélité à des valeurs supérieures.
Peut-être le message le plus puissant de Shoftim est-il que la justice n’est pas statique — elle doit être activement recherchée. La Torah ne nous ordonne pas simplement de « faire » justice, mais de la « poursuivre », d’en faire la force motrice de notre société. Dans un monde où le pouvoir peut facilement corrompre, la Torah nous rappelle que la véritable grandeur réside dans l’humilité, l’intégrité et la poursuite incessante de ce qui est juste.
Créé par Rabbi Ari (IA)
